On fait quoi maintenant ?

Publié le 18 Novembre 2015

J’ai essayé pleins de fois d’écrire quand ils ont tué Charlie. Mais je n’y suis pas arrivée. Je me trouvais trop conne, pas assez pertinente, un peu bisounours tu sais …

En fait, j’ai essayé d’écrire plusieurs fois sur l’actualité parce que j’étais indignée, révoltée, triste mais à chaque fois je me disais « ce n’est pas ton rôle, reste à ta place », peut être par flemme ou par lâcheté, je ne sais plus. Comme si, pour une fois, j’avais peur du jugement de ceux qui veulent bien me lire.

Pourtant en petit comité, je n’ai aucun complexe. Hier encore, au téléphone avec mon homme, je lui criais presque dessus « Comment peux-tu dire que les gens ne réagissent pas ??!! » et de lui ressortir, scolairement, tout ce que j’avais lu, vu et entendu sur les réseaux sociaux et sur les chaînes d’actu, et les vieux dossiers sur nos divergences politiques habituelles. Je ne sais pas vous mais quand je suis prise dans ce genre de discussion et qu’on me contredit, j’ai l’impression d’avoir un double doctorat en géopolitique et sciences humaines et du coup je suis complètement abasourdie voire même outrée par autant d’impudence: « COMMENT ??? TU METS EN DOUTE MON RAISONNEMENT ???!!! TU LE CONTREDIS ???!!! TU N’ES PAS D’ACCORD AVEC LE FRUIT DE MES REFLEXIONS ALORS QUE DEPUIS VENDREDI JE REGARDE BFM TV, QUE J’ECOUTE France INFO ET QUE J’EN SAIS TELLEMENT QUE JE SUIS A DEUX DOIGTS D’ÊTRE APPELEE PAR L’ELYSEE ???? »

Oui, je sais … Je m’emporte un peu ….

Mais, aujourd’hui, je suis en colère. Vraiment. Contre toi en plus.

Je lis tellement de beaux textes, je vois tellement d’exemples de solidarité et d’humanité dans toute cette horreur du 13 novembre.

Je ne crois pas qu’un seul de mes contacts FB ait fait de publication déplacée … peut être que ça ne va pas tarder mais pour l’instant rien.

Mieux ! Tu partages des vidéos et des articles dans lesquels les intervenants ont des avis éclairés et intéressants, tu donnes ton avis, tu t’impliques. Tu trouves les mots justes et sincères. Tu arrives même à faire de l’humour.

Faut-il attendre un drame pour que tu montres le meilleur de toi ?

Tu sais que je suis autant en colère contre toi que contre moi. En colère, parce que j’ai l’impression d’être impuissante et que j’attendais de toi des solutions, que tu m’aides à me sentir utile …

On sait que ce n’est pas fini. Il y aura d’autres attentats. On sait que les jugements à l’emporte-pièce ne valent rien bien qu’ils fassent déjà leur apparition. De toute façon chacun réagira par rapport à son vécu, à ses croyances, à ses convictions. Chassez le naturiste, il revient au bungalow.

Alors ? Est-ce que tous ces beaux sentiments, ces jolis mots vont nous mener à quelque chose ? Est-ce que nous allons pouvoir établir une véritable résistance ? Est-ce que l’amour reste une solution ?

L’amour des siens, de ses enfants, cet amour-là est facile à donner a priori.

Mais au fond, l’amour c’est la tolérance aussi. On ne peut pas tout comprendre, tout accepter. On n’est pas obligé. L’amour de l’autre, celui qu’on ne connaît pas, c’est moins facile. L’amour de son pays n’est pas aussi simple, non plus.

Et la résilience … ce mot tellement à la mode … Sommes-nous réellement capable de sortir meilleurs de ces épreuves ? Est-ce qu’elles nous construisent et nous aident à construire une réflexion de plus en plus pertinente ?

Et après quoi ? Une fois que nous aurons exprimé notre mal être, analysé ce que nous vivons en ce moment, que nous aurons accepté que, même si nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec le voisin, nous n’avons pas à porter de jugement mais plutôt à trouver des compromis (le compromis étant, pour moi, impossible avec des personnes tenant des propos extrémistes hein!).

Une fois, que le choc sera passé, noyé dans notre vie de tous les jours, une fois que nous aurons surmonté ce deuil, une fois que nous aurons éduqué nos enfants, fais preuve nous-même de la plus grande patience, tolérance, empathie, que pourrons-nous faire ?

Après avoir tourné et retourné mille fois la question dans ma tête, et après être arrivée à la conclusion que je n’avais pas la condition physique pour me transformer rapidement en super James Bond girl qui marave les méchants, j’ai fait un choix.

J’ai fait le choix d'arrêter de m'informer en surface, d’essayer d’aller un peu plus loin que le gros titre.

C’est ma résistance à moi.

Je suis complètement capable de m'informer pour les articles du blog mais pas pour donner un avis constructif et nourri sur des sujets d'actualité un poil plus complexes.

J’ai déjà deux/trois pistes mais si tu as des conseils de sources d’info que tu considères comme fiables et objectives, je suis preneuse.

J’ai la chance d’avoir les journaux Sud-Ouest et La République au bureau donc même si je n’ai pas le temps de les lire en entier, je peux faire déjà une sélection des articles qui m’intéressent. Ecouter un peu plus France Info, regarder L’Autre JT sur France 4, C dans l’air sur France 5, ….

Pour toi, c’est peut être évident. Pour moi, ça ne l’était plus.

Voilà ce que ces évènements ont eu comme effet sur moi. Voilà ce que la peur a généré en moi. Un besoin de consistance, un besoin de légitimité peut-être, un besoin de m'engager plus sûrement ...

Je voudrais terminer en disant à mes enfants, à ma famille, mes amies et mes amis de la RP et d’ailleurs, que je les aime. Je voudrais également dire à mon pays que je l’aime.

Comme le cœur est une machine incroyable et qu’il y a de la place pour tout le monde, je voudrais te dire que je t’aime aussi.

Aussi évident que cela puisse paraître, même s’il s’agit de ne rien changer à ta vie, dis-moi ce que tu vas faire … Quelle est ta résistance ?

On fait quoi maintenant ?

Rédigé par LeBlogdeVero

Publié dans #humeur

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